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«  Maintenant regarde-moi, Charlotte, regarde les traces brunes qui suintent encore sous mes bandes, regarde mes joues, mon nez, et ma bouche… »

Il enlève sa main. Des trous sanglants dans les gencives. Trois en haut, deux en bas. Elle ne peut retenir un tressaillement ; mais soutient sa résolution. Il ne les cache plus , ni son élocution difficile et résolue.


« Je ne te montrerai pas tout, Charlotte, tu n’es pas là pour ça. Mais sais-tu pourquoi Alex est resté deux heures dans cette chambre, ce matin ?
- Non, je ne sais pas, déglutit Charlotte en se maintenant contre lui.
- Pour ce que tu ne verras pas. Pour apprendre la tonne de soins que je dois avoir tous les jours pendant des mois. On a enlevé les bandages de ma poitrine, et j’ai voulu voir.  Charlotte, j’ai lutté pour ne pas m’évanouir. Je n’ai pas réussi à compter les nombre de sutures qu’ils m’ont faites. Il y a passé deux heures. En bas, à la poitrine, sur mon visage. Il m’a dit « Je ferai ça tous les jours, autant qu’il le faudra. Je quitterai mon job pour le faire. » Et il a embrassé cette bouche de cauchemar en partant. Je sais ce que tu vas me dire, que c’est son job après tout, et peut-être même son amour-propre.
- Non, Thierry, je ne le dirai pas.
- Alors moi, je peux te dire ce que j’ai résolu en voyant avec quel acharnement ils ont mis en lambeaux ce dont j’étais si fier, avec quel acharnement ils ont réduit en bouillie ma volonté, ma liberté d’être féminine.

- Dis-le nous Thierry.
- Je ne crierai pas vengeance. Je ne m’abaisserai pas à appeler sur eux la violence indigne qu’ils ont abattue sur moi. Si j’ai la force de me relever, c’est pour montrer autre chose. Et toi aussi tu as subi une violence, Charlotte. Et toi aussi tu dois te relever avec moi et montrer que c’est fini.
- Je le ferai, Thierry.
- Non, tu n’es pas prête à le faire. »


Charlotte se remet à pleurer.

«  Pourquoi tu ne m’en crois pas capable ?
- Tu en es capable. Mais il faut te dépouiller de cette espèce d’ardeur guerrière qui ne sert à rien. Il faut être toi-même Charlotte, puiser dans ce que tu as toujours été.
- Je ne sais pas ce que tu veux dire.
- Le temps a passé maintenant. Les beaux souvenirs de votre enfance demeurent. Et ce que tu as accompli avec Lew, avec lui. Les phrases que tu as écrites pour leur souhaiter un bonheur qui sera dès demain à leur portée, et que tu as appelé de tous tes voeux, même après qu’il t’a brutalisée. Ils vont pouvoir s’unir.  Alors je te le demande tout simplement, mais avec force. Prends la main qu’il te tend. Redevenez frère et sœur. Tu as, toi, la possibilité de faire la paix avec ton agresseur, ce que je n’aurai jamais, même si je m’abstiens de crier à la condamnation pour eux. Prends la main qu’il te tend, il ne veut pas autre chose. »

Tag(s) : #Ma barricade

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