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bracelet-shamballa-noir

C’était Nolwenn, avec ses paroles qui tranchent. Dans notre cercle d’étudiants, on l’appréciait justement pour son éloquence concise, brutale de temps à autres. Mais je voyais bien qu’en cet instant elle rassemblait toutes ses forces pour ne pas pleurer. Et que moi, j’éprouvais pour elle toujours la même tendresse sincère et étouffante. Est-ce qu’on finirait un jour par s’en sortir, tous les deux ?

 

«  Il m’a soutenu, il m’a aidé dans un moment où personne d’autre ne pouvait le faire, ai-je repris en m’approchant d’elle, en lui caressant les cheveux. J’ai été malade comme un chien là-bas et il a tout fait pour que ce soit supportable parce que chaque jour j’étais persuadé que je ne tiendrais pas un jour de plus ; et lui qui était là depuis presque un an, et dont la vie dehors est un vrai champ de ruines, il  a passé des heures entières à m’exhorter de prendre patience, à me dépeindre tout ce qui m’attendrait quand je serais dehors. Des choses dont il n’a sans doute pas idée lui-même ; puisque son père le déteste, puisqu’il s’est fait virer de son bahut en troisième et puisque lui et les siens ont toujours été considérés comme des parias dont de toute manière il ne sortirait jamais rien de bon.
-Tu sais quoi ? Tu devrais faire avocat… Et si je te disais que ce soir ça tombe mal, que Marc a prévu une petite fiesta chez lui et que ça va faire horriblement nul que tu n’y sois pas…
- Mais j’y serai, à dix heures au plus tard, c’est pas trop scandaleux, ça ?
- D’accord, à dix heures ; a-t-elle acquiescé en enfilant sa veste en jean, je prends les paris… »

 

Avec un vague sentiment de soulagement, j’ai pris ma guimbarde qui a éructé au démarrage après plus de quinze jours d’inactivité, et je priai pour qu’elle ne me laisse pas en rade au milieu des terres hostiles où rôderaient des clones d’Alban avides de refaire la tronche d’un mec lunaire comme moi. Je suis sorti de la ville sous le ciel d’un bleu implacable et c’est là que j’ai savouré mon premier moment de liberté véritable. Il allait être dix-neuf heures et je me demandai bien où Solenn pouvait officier dans ce bled où les lotissements n’en finissaient pas. Arrivé à proximité d’un grand supermarché ; j’ai aperçu une bande d’ados désoeuvrés qui traînaient leur Feiyue sur le bitume poussiéreux du parking. Ils sauraient, eux, certainement.

 

«  Je cherche l’association « Barges en scène » ça vous dit quelque chose ? » L’un d’entre eux me gratifie d’un bruit buccal proche du pet foireux signifiant sans doute qu’il l’ignore complètement, mais d’autres s’approchent.

 

«  Mais si, ducon, c’est le « truc » à Solenn
- Ben chais pas, moi !  répond tout naturellement le premier avec l’air de tomber de la lune.
- Ouais, c’est ça , le « truc » à Solenn. Vous savez où je peux la trouver ?
- A la salle des fêtes m’sieur, intervient l’intello de la bande, faut retraverser la route ! »

 

Je remercie les drôles qui retournent à leur manque d’occupation et me regardent tous comme un seul homme (il y a aussi des filles) tourner autour du rond-point pour passer de l’autre côté. Visiblement, on manque pas de distractions à Saint-Barge… Et puis trouver l’entrée du bâtiment relève du jeu de piste, on y monte par un escalier dérobé, avec la sensation d’être pas mal observé par des mômes qui marchent de-ci, de-là. Certains font partie du groupe théâtreux, les filles papillonnent, entrent et sortent en quête d’un accessoire laissé entre les mains de copines restées dehors, ou soumettent leur maquillage à l’approbation du groupe qui squatte les escaliers et retournent à l’intérieur d’une grande salle de avec une scène dans le fond. Je ne sais pas si la « séance » est terminée, mais l’apparition de ma « gueule de con » en ces lieux semble faire son petit effet…

Tag(s) : #Viva V.

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