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Jeff01Mine de rien, il en impose Ibra. Et puis il a plus rien à perdre, alors il peut tout jouer à l’affect comme ça lui plaît ; il faut qu’il t’accepte et que toi tu le respectes, c’est tout. Une grande énigme, ce mec ; il a du sang sur les mains mais c’est pas un pousse-au-crime comme mon frangin Alban, au contraire il est tout tranquille et même il nous exhorte, Fred et moi à reprendre sérieusement la barre quand on sera dehors et à plus revenir sinon il nous démonte la gueule au retour.  Des menaces qu’ils nous énonce avec le même naturel qu’en cet instant où il s’avance vers le Râblé qui tourne les talons en grognant.

 

Moi je pouffe et le pauvre Fred lâche…

« Bon, maintenant que l’autre suceuse est partie, va falloir le désodoriser un poil, notre gourbi, pas vrai Fred ? Je m’en occupe quand t’as fini.
- Ah ça certainement pas ! C’est moi qui nettoie ma merde…
- Eh, Fred regarde-moi bien par-dessus ta porte de saloon. Je m’en fous de faire ça. Il reste juste trois heures à pioncer un peu, tu prends ton spasfon et t’arrêtes de nous emmerder au figuré, vu ? » 

 

Cadavérique, mon Fred remonte. Symboliquement, je mets mon fichu de conchita et on parle à voix basse, pour pas réveiller Ibra qui ronfle à nouveau.

 

«  Je t’avais dit de pas bouffer leur ragougnasse, ça rend malade.
- C’est l’injustice que je digère pas.
- Prends du Smecta ma poule, pasque t’as pas fini de yèche alors…
- T’as pas une idée de qui ça peut être, le suicide ?
- On saura demain à la télé, j’espère. Y s’peut que ce soit ce mec, qui a roulé alcoolisé et tué des gens. Il a fait déjà deux tentatives
- Quoiqu’il en soit c’est dégueulasse de finir comme ça…
- Toute cette vie est une chierie, peut-être que la mort est belle, elle ! »

 

Celles qui échappent à la mort aussi. Comme River dégoulinante sur le bord de l’eau ; le souvenir le plus douloureusement bandant que j’ai en tête juste là, maintenant, tout de suite. Mais je me savonne soigneusement jusqu’aux coudes, puis le torse et le visage avant de continuer à penser à elle. Un rituel. Je veux avoir la chair clean pour ça.

 

Il fait froid maintenant et j’ai l’impression que la lune passée par la lucarne barrée rend ma couverture minuscule. C’est mon amie pourtant ; la lune. Elle éclaire déjà le miroir d’armoire piqueté dans la chambre de maman, là où je viens de retrouver mon  débardeur blanc qui sent le Cajoline, beurk, pas repassé encore heureux. Une bonne biatch brune y pose ébouriffée, un bandeau noir sur les yeux et les commissures des lèvres sanglantes de ketchup dans une moue plus que gloutonne…

 

Sans déconner c’est moi qui ai lancé la mode de se saper provoc’ pour passer en conseil de discipline dans ce bahut, et vous croyez que les morveux actuels qui manquent cruellement d’imagination me reconnaîtraient la paternité de cette innovation ? De toute façon, maintenant j’ai tous les torts et rien ne m’appartient plus… Libre comme le vent je longe les berges boueuses de la rivière et je m’emplis à fond de cet air mentholé qui fait le début du printemps à Saint-Barge.

 

Je vais m’empaler Shoan, youhoou ! En long en large et en travers, c’est pour ça que sous mon cuir la pipeuse sanguinolente fait le museau et que je crotte savamment mes Air dans l’humus profond avant d’aller les traîner sur son tapis… Putain que la nuit est belle, rien qu’à marcher là, à la rive, avec seul le clapotement des eaux noires et le tintement léger des feuilles de peuplier. Cette route pleine des murmures de l’obscurité dans les bois, je la tracerais pendant des siècles, sans but même, âme damnée, errante qui n’a de repos qu’en arpentant la surface des cours d’eau plein de lentilles.

 

J’ai vu, j’ai bien vu des vêtements au pied d’un arbre, roulés en boule ; un paquet de clarté. Je me suis approché et je l’ai soulevé, saisi, silencieux, stupéfait. Il y avait une tunique vaporeuse, avec des motifs végétaux, et lorsque cette matière si légère m’a coulé entre les doigts, il s’est élevé comme un parfum de mandarine, de poivre et d’affliction qui m’a fait perdre la tête.

 

En quelques instants mon esprit s’est ébroué et voilà que la rivière m’appelle. Quelqu’un est en train de se perdre dans le courant, une silhouette là-bas s’enfonce et reparaît puis s’enfonce à nouveau. Elle veut pas crever, cette idiote, et d’ailleurs pourquoi crèverait-elle ? C’est hors de question puisque la nuit m’a amené là, vers elle. 


A mon tour je lâche mes grolles et mon blouson dans l’herbe. Au diable tout le reste, la tenue étudiée et la baise torride, je te le dis moi qu’elle va pas mourir cette connasse, elle va avoir affaire à moi. La morsure des flots d’encre, je chie dedans ; bras et jambes envoient valser des paquets d’algues et les lentilles se collent par dizaines au gel dans mes cheveux. Sous l’eau je la rejoins en suivant les points de suspension, de grosses bulles de cristal presque solides qui émanent d’elle.

 

Elle s’attendait pas la greluche à ce qu’un mec vienne l’agripper jusque-là ; les mecs qui agrippent ça prévient pas ; ils ont un flair surnaturel. Sauf que là c’est par la peau du cou que je la remonte à la surface, sans égards pour les coups qu’elle m’envoie ; et sa bordée d’insultes gargouillées. Moi c’est Jeffrey, merci pour l’ingratitude, je m’en accommode, tout comme des griffures et des morsures j’aime plutôt bien, tout dépend des ongles et de la bouche qui me les administre…

Tag(s) : #Viva V.

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