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8 Avril 2013. C’est un autre visage mis à mal qui apparaît, partout ; sur nos réseaux, à la télévision, dans les journaux, dans nos consciences déjà frappées. Wilfred de Brujin nous envoie de plein fouet « le visage de l’homophobie », et ce n’est pas le sien. Le sien est enfoui, son œil effaré sous la fracture de l’arcade, sa bouche riche de sagesse sous la lèvre gonflée, et bientôt, sûrement, un sourire de victoire en dépit des dents brisées. Quelque chose s’est raidi en nous tous. Nous ne voulons pas encore en parler à Thierry mais il le verra aussi, dans sa chambre d’hôpital.


Je n’ai plus aucune compréhension, plus aucune pitié pour les tenants du discours haineux qui déchaîne la violence des trottoirs. Que les forces de l’Ordre les balaie, je ne bougerai pas le petit doigt (pas le petit en tout cas) ; je n’irai pas faire sonner mon barrideòn dans la vindicte hurleuse. Moi d’ordinaire si joyeux, je n’ai plus beaucoup de rire en moi, j’attends qu’éclate celui qui verra leurs visages déconfits quand la loi sera passée. Oui, c’est bien moi, Lew qui parle et qui pense et qui clame bras dessus bras dessous avec Charlotte sur le chemin de Bicêtre.


La chambre est devenue presque Girly, grands bouquets de roses et de glaïeuls, guirlande électrique de petites sphères turquoise avec leurs arabesques d’argent, ballotins de chez Ladurée un peu partout, et beaucoup de livres. Elle ne désemplit pas, car Thierry a repris du poil de la bête, son visage a repris le frémissement de la détermination, et il nous offre par brassées ses sourires sans lacune. Les traces persistantes font ressortir la finesse de sa peau, le carmin de ses joues. Al veille à tout cela, avec un intense scrupule. 


Et aujourd’hui il y a du monde. Des ados. Les mêmes qui ont vu jaillir le visage de Wilfred un peu partout sur leur facebook. Il y a deux filles, et un immense gars brun en casquette, au visage pointu et colérique, appuyé sur le rebord de la fenêtre. C’est Ricardo, celui pour qui Thierry a plaidé en conseil de discipline, alors que le polisson avait graffité sa différence sur les murs du lycée où il  enseigne. Ricardo fulmine, un stromboli sur pattes avec une carrure de rêve.

Tag(s) : #Ma barricade

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