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C’est pas vrai tout ça, rien n’est vrai puisque les verrous claquent à nouveau derrière moi… merde… je suis dans une toute petite cellule avec Alb qui m’attend ,deux poings américains aux paluches. Il a pas l’air très content à propos de River mais je comprends pas trop ce qu’il dit parce que ça bipe tout le temps un peu comme quand Lil Wayne passe sur un plateau de télé américaine ; accroche-toi pour capter sa tchatche en anglais avec la censure en plus. Alors j’ai du mal à le prendre au sérieux, Alb, tout rouge comme il est.


«  Tu peux éteindre ton réveil, là ! »


Je devrais pas me dandiner devant lui ; il se jette sur moi et je suis précipité dans des méandres de tuyauteries, une sorte de toboggan comme dans les centres aquatiques mais en beaucoup plus dégueulasse. Et j’aboutis tout boueux et verdâtre dans un prétoire où trône le Râblé en robe blanche.


« Ça vous va très moyennement… que je lui dis.
- Ta gueule, prince des égouts… Tu dirais quoi de deux ou trois mois de gnouf pour insolence ? »

Craaaac ! Grosse fissure de satin en plein fondement.

«  ‘Devriez demander aux femelles qui portent ce genre de merdier ; les fourreaux c’est pas péto-compatible…
-On dit « pétatoire », analphabète ! Six mois ! Six mois !  qu’il exulte en hurlant.
- Mais c’est pas bientôt fini de me péter les couilles avec tes finasseries linguistiques, Râblé ? Ça se voit bien que t’es pas le vrai … Vas-y, gueule tant que tu veux grosse biatche ; de toutes façons je suis sorti, je suis sorti ! »


Et je me dresse comme un diable à travers le toit.

« Je peux pas faire des rêves xxl, comme tout le monde ? »


Le contenu de mon cerveau est un vaste brassage de merde, et j’en crève. La nuit je dors longtemps ; et tout ce temps passé avec River à portée de bouche et de corps, c’est une bénédiction. Mais qu’est-ce que ça peut devenir ?

Choper une nana trois quatre fois et tirer ma révérence ; même qu’on reste en plutôt bons termes après, ça c’est possible. Mais construire… Faudrait tout simplement en être capable. Et déjà, de savoir dire les choses qui confortent, et qui rassurent. Alb, il sait le faire, ça ! Même s'il n'a vraiment jamais kiffé en particulier; sauf une avec qui il est resté cinq mois ; mais c’est elle qui a plus voulu parce qu’elle était trop philanthrope et trop brillante pour stagner indéfiniment avec un mec comme lui.

 

A cette époque, où j’étais un authentique branleur, je tournais dans tous les sens les « magazines » qu’il me refilait pour voir sous quels angles intéressants on pouvait envisager la chose, croyant naïvement que c’était là la clef de la puissance. Ce con me disait bien que les nanas kiffaient la « poésie » ! Et ta mère ? (la nôtre) Lui qu’a jamais décollé du 5 en français je me marrais… J’imprimais pas qu’il ne s’agissait ni de rimes à la con, ni de putain d’alexandrins boiteux ou non, mais juste de la capacité à saisir le moindre des instants partagés et à le rendre inoubliable.

 

J’ai pas voulu tripper là-dessus, pensant que j’y perdrais à chaque fois un peu de ma substance et de ma force ; maintenant je m’en bouffe les doigts. Parce qu’elle est d’une patience d’ange, River ; dans les moments où on roule pas l’un sur l’autre je me fais l’effet d’un légume bouilli. Pas envie de sortir pour avoir à retrouver tous ces connards qui ont partagé les premières années de mon existence ; pas la moindre idée non plus pour envisager autre chose autre part. Vous connaissez le mec cul-de-sac ? C’est moi.

 

Même la maison, immense, partout me semble oppressante parce qu’il y a son père que je veux pas du tout rencontrer. Je veux que River et rien que pour moi. Alors c’est obligé, des fois on sort un peu de sa chambre, on va tester ce qui a dû être une pelouse y  longtemps dehors et c’est horriblement moelleux. J’aime bien la bibli aussi d’où tu ressors avec des araignées géantes dans les oreilles et la goutte au bec tellement c’est poussiéreux sous les poutres. Seulement c’est là aussi que je vois des choses qui commencent à me puer sérieusement aux narines.

Tag(s) : #Un orage de goudron

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