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J’ai coupé mes cheveux le 25 décembre ; Jeff était incarcéré depuis plus de cinq mois, l’omerta et l’oubli forcé refermés autour de lui comme un coffre-fort dont plus rien ne filtrait. J’étais folle. Après le claquement des ciseaux, mes cheveux sont tombés en paquets dorés sur le tapis, puis dans les branches. La pluie et la neige les ont trempés, recouverts, dissous croyais-je ; mais j’en ai retrouvé des brins dans un nid d’oiseau en avril.

 

Je les ai taillés presque sauvagement parce que je voulais partir en marche avec Solenn, brandir des pancartes et hurler des slogans avec un vent frondeur dans ma nuque dégagée. Ils voltigeraient sans poids, sans entraves, et viendraient poser leurs pointes assouplies sur  les os saillants du sommet de mes épaules.

 

Fred et Marc s’étaient levés avec nous, même si nous ne les connaissions pas. Fred, je l’ai tout de suite remarqué et tout de suite adoré ; car à sa force combattive et joyeuse il ajoutait une éloquence à la fois fraîche et précise qui nous galvanisait tous. Avec lui, on se prenait à croire en cette lutte de la chair contre les implacables murailles de bêton et l’échafaud gigantesque d’une justice simplement punitive. Mais derrière ses boucliers bien alignés, la répression rongeait son frein. Et on a hurlé de révolte en apprenant qu’ils partaient eux aussi pour la réclusion, dans la même Maison que Jeff et Alban. Bon Dieu, ce serait donc toujours la même réplique ?

 

Le même sort pour les violents aveuglés et les idéalistes ?

 

Mais quel était ce son de froissement, là, en bas, dans les feuilles ? Mes bras et mes jambes se sont arrêtés car j’avais vraiment l’impression que quelqu’un était là, en bas, et tâchait de me regarder, malgré l’ombre et la brume lunaire qui y jetait comme un clair-obscur. Comme le soleil avait disparu depuis plusieurs heures, il faisait froid. Je suis allée à ma fenêtre, et la brise en me soufflant son haleine en pleine poitrine m’a soudain emplie d’un espoir fou.

 

Dix jours déjà, qu’il aurait dû être là, qu’il aurait dû être revenu.  Certes il fallait me raisonner. Je n’étais pas la première personne qu’il viendrait voir, et viendrait-il seulement ? Pas une ligne en douze mois ; et pour Sol une lettre, des conversations sur Facebook ; je ne comptais sûrement pas. Et pour cause, qu’avions-nous partagé à part des coups et des oripeaux ?

Tag(s) : #Un orage de goudron

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