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C'est la fin du mois de Juillet... Deux hétéros de base passent en trombe dans un cabrio let et, voyant le haut de Noëlle Sophie nu, ils ralentissent juste le temps de beugler un  encouragement bestial qui la laisse un peu gênée. Alors nous nous ramassons sur le cuir de la banquette arrière qui nous colle à la chair. Sous ma main , son coeur bat à tout rompre.

 

Mais sans le petit arrondi de cette poitrine, allongée sur le ventre, sa nuque rase me fait penser à celle d'un jeune mec. Mon mec. Lentement je vais reverser mon brasier dans ce corps frémissant.

 

Et pour jouir encore plus fort, imaginer de quelle manière je pourrais bien la jeter juste après. C'est là je pense, que le ciel n'est plus d'accord avec moi. On n'abuse pas ainsi d'une jeune femme-carillon consolatrice, on ne peut, sans déchainer la foudre envisager de la laisser sur le bas-côté.

 

Si je pense à me défaire très vite d'elle, c'est que j'ai senti comme un danger. Oh, pas celui de l'amour, encore moins celui de la jouissance, vous savez. Elle était bien moins résistante qu'un gay, il fallait tenir la bride à mes chevaux emballés. Et puis en besognant, comme la monotonie s'installait, je me suis mis à songer à ma mère.

 

Il est rare qu'un homo ne vous parle pas de sa mère au bout d'un moment, mais selon deux cas de figure diamétralement opposés. Certains les idolâtrent au point de refuser plus ou moins consciemment toute relation avec une femme, ils sont pour ainsi dire totalement fusionnels et éternellement nostalgiques d'une petite enfance protégée et d'une complicité irremplaçable.

 

D'autres, comme moi, ne se sont jamais vraiment sentis aimés. C'étaient des trublions, des gêneurs, des casse-cous, qui déchiraient leur fringues, ruinaient leurs godasses, s'écorchaient contre tout, renversaient les vases, crottaient les sofas, refusaient de se mettre au piano ou de claquer un bisou servile aux rombières du rotary, pissaient dans leur froc, pétaient à table, balançaient les poupées des petites filles venues en invitées par-dessus le mur, cajolaient leur zizi en plein jardin sous le soleil, et préféraient en vacances jouer avec les voyous autochtones plutôt que de partir à cheval aux côtés de Marie-Charlottes enrubannées.

 

Non, aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais recueilli de maman que des approbations lointaines quand mes notes étaient bonnes. Je crois qu'elle m'a toujours préféré mes grandes soeurs que j'emmerdais copieusement et qui se sont bien mariées. Je ne suis pas de ces gays délicats grandis dans des gynécées et pourtant, voyez-vous, ces gays-là, j'en raffole. J'ai vraiment l'impression de ne pas être tout fini, comme mec. Et malgré tout, je m'aime bien; enfin, ça dépend. 

 

Dans cette voiture au bord de la route, c'est l'unique fois où j'ai (copieusement) coïté avec Sophie. Je crois que Noëlle nous observait un peu désolée, en remettant le moment où elle me capturerait à une date ultérieure. Et croyez-vous que ce soit un hasard? Nous étions tout près de Crépy-en-Valois, là où ma mère habitait, avec son second mari.

 

En reprenant la route, j'ai proposé à Noëlle-Sophie qui s'était réunifiée pour avoir la force de s'asseoir en amazone d'aller dormir chez ma mère. Je me suis inventé une surprenante fatigue alors que je me sentais branché sur trois réacteurs nucléaires en simultané. Bien entendu, connaissant les non-rapports que j'entretenais avec ma mère, elle a jugé la proposition tout à fait loufoque, donc elle y a adhéré. Nous avons beaucoup ri sur le chemin, d'un rire strident, dévorant, désarticulé et presque macabre. 

 

Et quand nous sommes arrivés, la maison était en feu. Un brasier immense sur le ciel noir. Les gens étaient déjà présents, et les camions de pompiers aux lumières bleues tournantes, comme si le film avait commencé sans nous. Les flammes montaient si haut qu'elle semblaient s'enrouler autour des nuées charbonneuses et basses, l'air suffocant était tout rempli de chants de coq et de hurlements de chiens. Le feu a tout dévoré, maison, jardin, arbres du jardins. Et les deux habitants de la maison ont péri dans les flammes.

Tag(s) : #Renan et Ewald

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