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mascaron.jpg

 

Est-ce l’heure du miracle ? L’obscurité est si profonde partout dans sa cellule que Lennon ne sait plus si c’est le jour ou la nuit. Il semblerait bien que ce soit la nuit cependant, la lourde nuit où tout est rendu au silence. Plus un bruit de pas, ni de chaîne, ni de verrou ; et la porte est soudain grande ouverte. Alors Lennon sort dans la galerie, le cœur battant d’espoir ; et soudain tout lui paraît métamorphosé. Ce n’est plus vraiment la galerie qu’il a empruntée ; depuis combien de jours déjà ? Pour monter en détention, là où on l’a laissé seul au régime sans promenade, et il a peine vu ceux qui lui jetaient sa pitance par la petite grille graisseuse.

Le plafond au-dessus de lui semble tendu de fumée bleue, comme sculptée de mascarons ; par milliers des visages infernaux aux bouches grandes ouvertes, touche à touche, qui se dissipent et réapparaissent ; tandis que l’eau coule en cascades sur les rambardes et rampes grinçantes, que le sol petit à petit s’inonde

 

Caron brought his raft
from the sea that sails on souls
and I saw the scavenger departing
taking warm hearts to the cold


Mais les visages maintenant donnent de leurs milliers de voix discordantes et enchevêtrées autour de lui, des présences qui se rapprochent et qui impérieusement l’appellent ; massacré sans criminel sur le mur de la  rue , emmuré vivant pour son cri, injustement condamné et mort ici comme toi .

«  Comme moi ? » Lennon se met à courir plus vite. Par bonheur les trognes de fumée se dissipent et il n’y a plus d’escalier à descendre. Mais combien de centaines de marches vient-il de dévaler ? Il a eu l’impression de dégringoler un très grand phare ; et là il est sur le sol, haletant mais heureux, même s’il avance dans l’eau jusqu’aux genoux. La grande porte cloutée est forcément là au bout de quelque coulée, quelque avancée, puisque sous la force des flots les grilles s’ouvrent une à une.

so if you see the vulture coming
flying circles in your mind
remember there’s no escaping
for he will follow close behind


Seulement la traversée est de plus en plus dure, interminable et de nouveau il est environné; non plus de faces fumeuses, mais de silhouettes immenses, entières, qui ne sont plus que des ombres. Il a l’impression de plus en plus nette qu’on l’agrippe sur son passage.  Il entend des cris aussi, des piétinements mouillés, des étranglements qui gargouillent, des coups de feu ; ça se rapproche.

« Ferme derrière, la putain de ta mère, vite, ferme derrière moi ! » C’est une vraie voix. Lennon a entendu une vraie voix, pas une émanation de brume ou de vase montant du sol ou suintant des murs. Une voix vivante qui arrive, peut-être qu’il est temps. Il se retourne et voit dans l’escalier, sous les fumées qui se remettent à planer marchent deux gars en sweat, encapuchonnés de noir. Celui d’en bas recharge frénétiquement son pompe en faisant tomber les cartouches comme une pluie d’étincelles.

Passé sous un néon, son œil turquoise tout d’un coup étincelle, dément. Lennon réprime un cri et se remet à courir. Derrière lui le tumulte explose ; les cris, les râles, les détonations. Chaque grille se referme dans un déchirement organique. Une fois encore, Lennon jette un œil en arrière. Les corps ombreux s’y amoncellent puis éclatent comme des pastèques et chaque maillage de fer se met à dégouliner rouge, en gros plan. Il court la tête dans les bras ; à s’en faire imploser la poitrine.

A nouveau tout se tait. Il se cale contre la muraille, pour reprendre haleine.

only promise me a battle
a battle for your soul
and mine
and mine



 

Tag(s) : #Midnight Parlor

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