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« J’espère que cette furie a levé le camp, me disait Gregor alors que tous trois nous montions les escaliers, lorsque j’ai osé lui demander pourquoi Lew s’était mis dans un état pareil, elle m’a tout craché au visage, en me disant que j’en étais responsable, de cet état. Je me suis toujours méfié d’elle ; Lew a essayé de me la faire engager mais je ne la trouvais ni suffisamment compétente pour travailler avec nous, ni suffisamment franche… »


J’ai tourné la clé, j’avais peur. Peur de retrouver quelque chose comme le spectre de Vlad dans le désespoir de Lew. Nous l’avons trouvé vautré sur son lit, avec la veste couverte de petites vomissures, un filet pâteux au coin de la bouche. Le pantalon avait valsé devant la porte-fenêtre et il gisait, la respiration lourde, les jambes écartées dans une impudeur humide qui semblait beaucoup intéresser Gillian. Gregor l’a poussé dehors, me laissant seule dans la chambre. Je me suis penchée sur mon ami, et l’ai appelé tout doucement. Il a ouvert les yeux, deux éclats d’aigue-marine sur ses joues plombées. C’était bien Lew, renaissant, comme toujours.


«  Charlotte… Oh merde, je t’ai oubliée…
- C’est pas grave, Lew, me suis-je entendue dire en souriant, Gregor m’a amenée, et il ne t’est pas arrivé de drame ; tout va très bien. »

Il m’a alors souri en retour, mais pour se rendre compte en un instant de ce qui lui coulait aux commissures. Puis il m’a regardé catastrophé.

« Gregor est là ? Et …aaaaah… je me suis vomi dessus ! Tout va très bien, vraiment, Charlotte ? Oh là là, il faut que je m’habille ; ou non il faut que je me lave ! Charlotte, je fais quoi en premier ? … Il m’a vu comme ça ? »


Je n’ai pas pu me retenir de rire, parce que la frénésie de Lew revenait au galop, et que c’était un excellent signe.

 

«  Oui, il t’a vu ; et Gillian aussi ! Mais enfin qu’est-ce que tu crois Lew ? On pensait te retrouver au petit matin, agonisant dans une poubelle, alors tout va très bien !
- Alouette, si tu continues à rigoler, je te jure que Lew va te faire un gros hug dans son jus tout visqueux. Après tout je ne t’ai pas encore donné ton bisou d’arrivée…
-Tu retardes, Lew, Halloween c’était hier. »


La veste bleue est allée rejoindre le plancher. Tandis qu’il enfilait un peignoir, j’ai retrouvé ses lingettes de bébé dans le tiroir de la table de nuit, et je l’ai vigoureusement débarbouillé comme le sale môme qu’il était. Il avait un air tout à fait béat pendant l’opération.


«  Ça rigole par là ! se risqua Gregor à travers le mur. Tu es toujours vivant, Lew ? »

L’intéressé est sorti dans le living, approximativement parfumé au Mixa, avec un air faussement confus. Gillian lui souriait de toutes ses dents.

« Je le crois, Gregor, pardonnez-moi d’avoir gâché votre nuit avec mes délires douteux…
- Pas de souci, mon frère. On va te laisser entre les mains de Charlotte et te souhaiter une bonne journée. Reprends des forces j’ai encore plein de boulot pour toi. »


Et aussitôt, Gregor l’a serré dans ses bras avec une telle force que Lew aurait bien pu être repris de nausée. Il s’est précipité sous un bon quart d’heure de douche brûlante dès que Gregor et Gillian ont passé la porte.


Je m’employais, moi, à ramasser tout ce qui était souillé, pour faire tourner une machine, puis j’ai tâché d’allumer un feu dans la petite cheminée du living parce que j’étais glacée jusqu’à la moelle des os. Le chat chocolat qui somnolait tranquille sur le piano de Lew est aussitôt venu se frotter à mon bras.  


Alors Lew, les cheveux encore ruisselants, s’est approché, le costume immonde au bras et une bouteille d’alcool à la main. Après l’avoir aspergé, il a jeté le pantalon puis la veste dans le foyer et nous sommes restés longtemps tous deux à regarder l’oripeau dévasté se faire lentement dévorer par les flammes en dégageant une fumée abondante, noire et animale.


« Ça pue, a-t-il  fini par lâcher, tout ce passé-là pue la mort…
- Dis, Lew, tu en avais gardé d’autres, enfin je veux dire d’autres costumes ?
- Non, alouette, c’était le seul. Je suis un sans doute un névrosé, mais un névrosé raisonnable. »

Tag(s) : #Ma barricade

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