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Barcelone c’était bien… Si ça ne m’avait pas donné l’impression de marcher un peu dans les traces de Lew.


Mais j’ai souffert le martyr sur ce tape-cul de moto. Avec ce que je me prenais bien volontiers la nuit et pendant la sieste, je me suis un temps demandé si je tiendrais jusqu’au retour à Lille. D’autant qu’Alex voulait rentrer par le chemin des écoliers et même séjourner un peu dans la petite maison de Lagrasse que mes parents avaient retapée pour nos vacances au bord de l’Orbieu.


Ça l’amusait de faire poireauter son père, et puis il ne connaissait pas les châteaux cathares … Un truc de fou pour moi qui avais fait ma première ascension vers Peyrepertuse à quatre ans !

«  Quatre ans… A quatre ans tu grimpais déjà vers les sommets de l’hérésie et tu voudrais me priver de ça ? Je te préviens, on quitte l’autoroute à Perpi, et tu me guides. »


Vers Quéribus, mon tout aride et préféré nid d’aigle. Nous sommes arrivés au pied du piton en plein midi solaire. Il faisait plus de 35°C sous les arbres.

« Tu veux monter maintenant Alex ? On va mourir…
- Ouais je veux monter maintenant…Je l’aime trop ton château de résistance. Et tu crois que c’est la lumière qui va nous en empêcher ? Viens. »


Il a fourré son cuir de route dans un sac à dos, et enfilé un débardeur blanc qui lui collait déjà à la peau, tant la chaleur créait instantanément sa sueur fine sur les épidermes. C’était Alex dans un de ces moments de conquête, avec du soleil plein sa peau brune, et une vigueur sans borne qui faisait éclater sa sauvagerie et sa beauté. Impossible de ne pas le suivre dans un moment comme celui-là. Peu importait l’insolation.


Pulsation infinie du cœur et des cigales sous les buis éclaboussés de sang doré d’abord, pulsation musculaire inépuisable et séculaire qui nous hissait après tant d’autres sur le roc scintillant, avec les rayons verticaux enseignant le chemin du Ciel à nos yeux brûlés. La montée à nous deux seuls, presque une montée en solitaire, silencieuse, halètements contenus dans la poitrine, souffles rares à peine exprimés, juste tendus vers les murailles du polygone inébranlable dans l’azur tremblant.


Chant crépitant des semelles qui gravissent et de l’eau évaporée sur la chair, renaissante aussitôt, enveloppante ; marée d’humanité grondant toujours dans les veines, à la poursuite du Vrai, et de la Liberté. Nous n’avions plus peur de rien. En ces lieux que les persécutions les plus implacables avaient essayé de réduire, de courber ; je me sentais en sécurité, invulnérable, et toujours prêt à me redresser. Démone disparaissait, fondue, étale dans l’aura des enceintes ocres ; elle n’avait plus droit de Cité. C’était une autre qui venait à la place, une femme-parole à la fois affûtée et maternelle, droite, exacerbée par la perfection géométrique du donjon.

Tag(s) : #Ma barricade

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