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persiennes01.jpgIl est avec son père, seul avec son père. Ca se passe bien entre eux deux. Ils sont en train de raconter des cochonneries, normal.

Je n’ai jamais eu ce genre de déconnade salutaire avec mon coincé de père…

 

Tout au rêve de ce rire que je savoure, comme s’il était en train de me déshabiller, avec une lenteur impatiente ; je n’ai pas entendu qu’il était arrivé sur le palier du premier étage. Il marche lentement, c’est un sioux. Seules craquent les marches de l’escalier de meunier qui mènent à son repaire.

 

J’ai juste le temps de m’engouffrer dans l’un des deux placards à persiennes de chaque côté de la pièce. Celui-ci est bourré de trucs hétéroclites, en équilibre instable. Je  sens une balle de tennis me rouler sur la clavicule et s’arrêter au bord de mon cou. La poisse. Je ne peux plus ni respirer, ni bouger.

 

Il est entré. Il a senti quelque chose. Il regarde autour de lui. En cet instant, je bande comme un taré à l’idée qu’il me découvre, qu’il abuse de moi et qu’il me jette dehors. Je serais, au moins pour un temps, terriblement soulagé.

 

Mais il ne fait que soupirer, toute la gamme des soupirs d’agacement, d’impatience, et dans un grand geste large, il balance son tee-shirt par-dessus sa tête. Les muscles de ses bras ondulent sous sa peau moite, un petit duvet humide se dresse partout sur la ceinture abdominale, presque transparent dans le rayon de soleil qui meurt.

 

Merde… Le bouquin est par terre. Intrigué, il le ramasse. Je suis cuit. Il se souvient sûrement qu’il était resté sur le canapé. Mais non, encore une fois, il ne fait rien d’autre que le ramasser. Longuement, attentivement ; il regarde la photo. J’ai les mâchoires qui se crispent. Il balance sans plus les regarder le livre et la photo.

 

Et là, j’entre dans un rêve. Son jean tombe sur le sol, flasque. Seule la boucle de sa ceinture rend un petit tintement. J’essaie de me dresser derrière la fente qui s’ouvre devant mon œil. Le boxer à son tour atterrit légèrement. Je suis coincé, quelle merde ! J’ai bien vu qu’il ramenait sa main devant lui et que son bras commençait à aller d’avant, en arrière, souple, alangui , et que la colère s’estompait dans ses soupirs plus doux, plus sonores.

 

Légèrement, il se tourne. Merci, destinée, merci… miroirmiroir

Dans sa main refermée je le vois grandir, grandir et s’allonger, et sous mon ventre aussi le bonheur gonfle, gonfle, j’ai la main qui s’égare. In extremis, je rattrape la balle au niveau de mon nombril.  Une aiguille sourde et insistante me monte du sphincter jusqu’à la racine des cheveux. L’instant béni m’ouvre, de toutes parts. C’est comme si son souffle gémissant me coulait au fond de la gorge et s’y solidifiait, pour l’éternité. L’amour m’enivre et me suffoque et j’ai devant les yeux une vapeur toute brouillée de plaisir.

 

Et lui soupire toujours , avec l’ultime son de sa voix :

 

«  Mais où est-ce que t’ es ? Où est-ce que t’ es ? »

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