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Et puis, l'automne est veLouise Ebelnu,et notre cohabitation, elle, devenue de plus en plus pesante.

 

Nous avons gentiment pris le chemin de nos facs respectives en Octobre, et j'ai fait le choix de ce qui devait m'occuper en dehors des longues heures de bibliothèque; la danse plutôt que la guitare.

 

J'avais fait ce choix difficilement, et durant les deux premiers mois je m'en suis amèrement mordue les doigts. Dans le petit mais prestigieux groupe où j'esquissais mes pas, où je déployais mes grands écarts; il y avait un mec.

 

Mais ne vous y trompez pas, je ne suis pas mecophobe; je crois bien que c'est plutôt le contraire après tout, seules mes préférences ont parfois tendance à m'en écarter, mais sur le plan amical cela va on ne peut mieux avec la plupart d'entre eux...

 

Celui-là était un mec de la pire espèce. Jaloux de nature sans doute, ou simplement incapable d'apprécier une fille qui danse.

 

Je ne sais pas pourquoi, dès la minute où nous nous sommes tous présentés, au soir de ce 14 Octobre, quelque chose a craqué comme une étincelle de soufre quand il s'est présenté.

"Mon petit nom c'est Gildas, je crois avoir un talent tout à fait notable; mais je suis un grand hystérique"

 

Très roux, immense, émacié; l'individu en effet savait se mouvoir avec une précision redoutable; en technicien parfaitement concient de ses effets. Peut-être manquait-il un peu de sauvagerie; sa danse était calculée et pointue comme lui-même; il s'emballait avec de grands transports, appelait les rares filles qu'il faisait mine d'aimer bien "ma cocotte", et savait détester avec une application, une permanence et une "générosité" surprenantes.

 

J'en ai eu bien peur, de ce Gildas; il était capable de tout dire, et comme tous les capables de ces audaces médiocres et de ces méchancetés gratuites qui vous ruinent une confiance, rien ne venait jamais le punir. De plus, cette assurance dans l'arrogance, cette capacité à blesser sans coup ferrir lui donnaient un ascendant terrible sur le groupe, en particulier sur les filles, fascinées au plus haut point par une capacité de nuisance que des siècles d'intrigue n'auraient pas pu élaborer en elles.

 

"Il va vraiment falloir que je danse avec Mademoiselle vagin-vagin? Mais elle a une légèreté ...de phacochère!"

 

Mais oui, il le fallait, et croyez-moi; c'était bien plus un supplice pour moi que pour lui. Outre le fait que, contre lui, j'avais l'impression d'être rayée par une ombre maigre et gigantesque; j'avais aussi la sensation , quand nous partagions la scène, de danser avec un squelette. Nul doute, dans d'autres circonstances, avec des créatures plus avenantes et plus viriles, toute cette machine à bondir et à se contorsionner devait être caressante.

 

Mais pour moi, je ne ressentais , à ce contact nécessaire de deux corps qui partagent une chorégraphie, que des aspérités, des arêtes, des bousculades. Lorsque je je devais défaillir et me renverser, je n'étais jamais bien sûre qu'il prendrait la décision de me rattraper avant le sol, et j'avais l'impression de bsaculer d'une hauteur vertigineuse.

 

"Alors tu te laisses tomber oui, ou non? Gracieuses, ces souplesses de timorée!"

Des rires de filles, de jolie fille; et mon coeur tout serré, près du sol, soutenue à peine par les phalanges aiguës de ce sadique! Je n'osais pas rouvrir les yeux pour voir flotter au-dessus de moi le tison de ses mèches, ce haut front luisant et ce sourire de crâne.

 

Et quand je rentrais à l'appartement , pleine d'appétit et d'espoirs; pas la moindre consolation,non,  c'étaient d'autres douleurs qui m'attendaient

 

Photo: Louise Ebel, The House of God.

Tag(s) : #Carolyn's fingers

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