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Malgré tout mon pote ne désarmait pas, on lui avait demandé de déranger la tête d’affiche, suffisamment pour la maintenir dans un état d’irritation constante qui correspondait à celui du personnage principal, injustement bouclé dans ce lieu sordide ; et pour longtemps… Il s’acquittait de ce job, tout en continuant à apprendre des décorateurs, des éclairagistes ; et le soir il se réfugiait avec de plus en plus d’empressement dans les bras de River. C’était là une chose curieuse, pour la seconde fois de sa vie ; Jeff acceptait qu’un aîné le malmène.

 

Il avait eu à subir la violence rentrée et permanente de son père, quand il était gamin ; mais c’était surtout Alb qui le bousculait quand il n’était pas « à la hauteur de son rang ». Malgré tout, Alb était bienveillant, comme un vrai grand frère. A.S.E.N  lui aurait eu plus d’intérêt à éliminer Jeff purement et simplement de son univers. Et paradoxalement, lui aussi commençait à se prendre au jeu des coups et des retours de bâtons, comme on peut s’éprendre d’un adversaire coriace et désobligeant ; à la longue.

 

Et dans ce combat d’ego plus ou moins larvé, c’est notre championne nationale des gaffes qui a mis le feu aux poudres. River est apparue un soir au bras de Jeff car elle voulait voir le plateau. Déjà elle connaissait mon ingé du son ; et comme chacun pliait ses affaires, il a voulu lui montrer comment fonctionnait son séquenceur et pour cela lui a demandé de chanter. Elle détonnait, River, avec ses mélodies eighties qu’on aimait tous et qui contrastaient à l’extrême avec les raps cinglants dont nous étions baignés toute la journée. Pour tester, elle a entonné Gift of the gods  d’une manière fabuleuse et puis s’est ravisée vite fait car A.S.E.N  la matait par la vitre de plexiglas et il avait vite capté que c’était la meuf à Jeff…

 

Une petite provinciale peu sûre d’elle ne pouvait que rougir aux compliments d’un mec reconnu, établi qui passait tous les jours sur les ondes, et même à ses tentatives de drague à peine voilées. La vraie attaque était bel et bien lancée. Et ça n’a pas échappé à Jeff que River riait, adossée au mur et que A.S.E.N  ; le bras appuyé sur ce même mur à côté d’elle penchait la tête et la couvait d’un regard, et d’un sourire entendu.   


Un mystérieux codétenu devait alors  prendre place dans la cellule de ASEN-Lennon. Celui-là même qui le mettrait dans le secret des lieux et la possibilité d’entrer en communication avec les  défunts criminels ou prisonniers politiques passés par là jusqu’à trois siècles auparavant. La plongée du film dans le fantastique nécessitait un changement d’éclairage sur l’ensemble de la prison reconstituée ; travées, cour exiguë de promenade et bien entendu la fameuse cellule imaginée par Jeff et Léna. Jeff y bossait encore à la nuit tombée quand River est venue le rejoindre.

Elle n’était pas super rassurée. Lui bricolait ses projos en faisant abstraction du malaise mais elle ne se sentait pas très  bien, accoudée au montant lépreux des lits superposés.


«  Va au son, Riv’, si tu trouves que c’est trop chelou ici. Ou en bas, je crois qu’ils prennent un apéro du vendredi soir ; j’arrive… » Et elle l’a laissé, complètement absorbé par ses réglages dans un endroit qui aurait dû le faire fuir en hurlant. 

Effectivement, on buvait un coup dans le grand hall du studio et je me suis empressé d’aller trinquer avec elle. A.S.E.N  était à l’autre bout de la table, debout avec les deux réalisateurs et de temps à autres il nous considérait de biais. Au bout d’un moment, Giulia est montée et lui nous a abordés ; enfin plutôt il  a salué River et moi à peine.

Tag(s) : #Midnight Parlor

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