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Fred et les filles rassemblent les bagages plus un peu de bouffe tandis que nous deux nous penchons sur le moteur. Mon camion est fatigué, je le sais ; mais il nous conduira bravement dans l’antichambre du paradis ; à travers le soleil couchant. S’il le faut, je décide de dormir dans la cabine et de laisser l’arrière aux deux couples mais il faut poser un second matelas par terre et surtout lui trouver la meilleure place ; parce que River est un peu claustro. Comme moi elle n’ose trop rien dire parce que ça pourrait rappeler de mauvais souvenirs à Fred et à Jeff et en fait on est surpris. Ils en parlent ; en rigolant ; comme si ils avaient fait ensemble un mois d’exil galère mais sans plus ; et qu’en définitive ils ne regrettent pas d’en avoir chié puisque ça a resserré leurs liens.  


«  De toute façon, on part pas pour pioncer ! » grogne Jeff en s’asseyant au volant. C’est lui le premier conducteur alors on se met tous les deux dans la cabine pour que je lui apprenne à manier le bousin en douceur car c’est une vieille chose sensible avec  un kilométrage vénérable. Mais c’est cool parce qu’on se retrouve entre vieux potes et on peut replonger dans nos délires exactement comme si on reprenait notre amitié au point où le conseil de dis l’avait laissée. Comme si il n’ y avait pas eu du tout de conseil de dis, pas de rixe, pas de procès, pas de prison. La faille temporelle nous remet tous deux sur la route, en mieux parce que maintenant on sait conduire et on va où on veut.

 

Sauf qu’un truc a légèrement cassé mon élan quand même, c’est quand Jeff a enlevé sa veste en jean destroy et que j’ai vu réapparaître la demoiselle ensanglantée sur son débardeur blanc.


«  Tu portes encore les cadeaux de Diane ?
- Oh, ça va, des cadeaux elle m’en a fait qu’un seul et c’est ce truc… Et puis c’est River qui me l’a gardé pendant un an alors ça veut plus du tout dire la même chose.
- N’empêche, ce débardeur-là il symbolise le début de nos emmerdes. Et puis c’est complètement passé de mode, maintenant !
- L’enfer est indémodable… »

 

Il aurait pu s’appeler Maxime, Jeff. En attendant ça me rappelle illico son attirance pour tout ce qui sent la poudre … Peut-être que le temps et la réclusion l’ont un peu assagi ou peut-être pas… Ça me donne le vertige tout d’un coup ; j’espère qu’on se trompe pas sur lui et qu’il va réellement repartir dans le bon sens. En même temps  je crois que c’est pour ça que nous quatre on se cramponne à l’idée que sa vie, maintenant va être belle. Parce qu’il y a du danger partout et qu’on est constamment en alerte ; en fait ça nous plaît cette insécurité-là. Cette insécurité a un chouette visage et un tempo de malade ; elle nous entraîne, même si on se met au défi de rester droits.

En fait on est partis parce que le gendarme de Saint-Barge nous a dit qu’il n’avait plus rien à faire avec nous mais en vrai, on doit laisser un goût un peu amer au village qui s’est réveillé tout plein de contusions à cause de Jeff et d’Alb.


«  Ça me fait du bien de tracer la route et de savoir qu’elle se prend la tête avec les Schmitt , Diane. Ça, tu vois, c’est ce que j’appelle la vraie justice ; mais t’imagine le temps qu’il a fallu pour que ça se renverse, la situation ?
- Sauf que ton frère est dedans, lui aussi.
- Je peux plus me mêler de sa vie, Al, ça fait beau temps que Diane le mène par le gland, et que ça lui bouche les oreilles à ce que je peux bien lui dire. Y a deux options maintenant ; ou ils partent en sucette tous les deux, et j’en ai peur ; ou ils se servent de leurs sentiments pour reconstruire un truc.  Mais ça me concerne plus que de très loin, de toute façon qu’est-ce que j’y peux ? Je crois que j’ai suffisamment donné dans leur histoire, et tout ça pour quoi ?
- Diane ; tu crois qu’elle a menti à propos de ce viol ?
- Je crois pas, j’en suis convaincu.

Tag(s) : #Midnight Parlor

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