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Même si j’ai fini par réussir, cette première leçon est un souvenir plus douloureux encore que celui de mon agression, bien plus tard. Enfin, je mentirais un peu si je parlais vraiment de souvenir ; aujourd’hui les détails m’échappent et se fondent dans une sorte d’humeur brouillée à travers laquelle je me revois dans cette salle qui sentait la javel, penché sur Rimbaud, ou plutôt sur ses vers comme posés sur une surface liquide ; s’effilochant et revenant se heurter les uns aux autres ; et moi , la sueur froide au front, incapable de problématiser sur ces lignes flottantes, et de m’en tenir au déroulement logique de cette problématisation.


« Les figures du poète dans Une saison en Enfer » Que Rimbaud me pardonne d’avoir été si tremblant, si gauche et si confus. Il aurait sans doute aimé bien plus la Démone qui étranglait ma voix devant les doctes personnages bien alignés, qui faisait valser mes mots en l’air comme de dérisoires piécettes, que l’absurde Thierry qui se débattait dans la déconstruction continue de son discours.


Pourtant, je suis allé au bout de ces quarante minutes, j’ai répondu au feu croisé des questions, j’ai sagement replié mes liasses de feuilles tandis qu’on me saluait avec déférence ; mais au moment de sortir, un grave monsieur qui n’avait pas prononcé un seul mot durant toute l’épreuve m’a lancé « Monsieur Lequesne, je n’ai absolument rien compris à votre leçon. » Il était bien trop tard pour rajouter quoi que ce fût. La porte s’est refermée sur moi.


J’ai eu Deux et demi (j’insiste sur le demi). Et tout s’est effondré.


J’avais honte. Honte de voir dilapidée la confiance qu’on avait mise en moi. Je n’ai plus osé remettre les pieds à la fac, plus osé rappeler Lew. Plus osé demander le tendre soutien de Charlotte. Je n’avais plus qu’une seule envie, me défoncer la gueule, me travestir, danser et voir venir. Alors j’ai été content de revoir Solveig ; la jolie Solveig qui faisait toujours tourner les têtes de mec. Et pour cela elle n’hésitait pas à refourguer Louis-Armand, son fils de trois ans ; parfois à son père, parfois à des copines.

Tag(s) : #Ma barricade

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