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«  Pourquoi est-ce que tu crois que je te chasse ? » a-t-elle alors demandé sur un ton agressif qui commençait à me hérisser le poil. Je me suis dit que ce devait être là ma première épreuve, que j’étais libre à présent pour dominer ma colère et mes aversions, que personne ne me mettrait à bout sans que je l’aie décidé. Mais ce serait hyper difficile, même avec toutes les bonnes résolutions du monde.

 

«  J’ai souvent envie de sortir ; tu peux comprendre ça, je pense. Et que ça n’a rien à voir avec toi.
- Non, je ne comprends pas. Pose ce blouson et explique-moi.
- Je veux pas te vexer, mais personne me dit ce que j’ai à faire. Pas plus toi que les autres.
- Parce que je suis le genre de petite bourgeoise intello que tu ne peux pas encadrer, n’est-ce pas ?
- Généralement, j’évite d’avoir des jugements aussi nuls sur les gens.
- Oh, t’es cool comme mec… Ça te manque pas quand même, un peu de compagnie compréhensive après une année entière de régime sec ? »

 

  Je n’avais pas quitté mon blouson et malgré la chaleur je résistais de toutes mes forces à l’envie de le faire parce que la « conversation » prenait trop rapidement un tour puant, comme si elle me prenait pour une sorte d’animal idiot avec des besoins prévisibles ; qu’est-ce qu’elle cherchait à provoquer ?

 

«  Ben tu vois, là je pensais à créer une nouvelle catégorie sur Adopte Un Mec, après les rouquins, les binoclards et les tatoués je comptais ajouter les anciens taulards, parce que y aura de l’offre très vite.
- Et le succès sera garanti … Tu crois que ça va tenter Fred ?
- Tu peux me dire à quoi tu joues ?
- Ce n’est pas moi qui ai commencé » a-t-elle fait en se levant. Elle s’est approchée, j’ai eu un mouvement de recul qui ne l’a pas découragée. Elle s’était mis en tête de m’enlever mon blouson. Sans violence mais avec détermination elle passait ses mains en dessous du cuir, sur mes épaules.

 

« Ah ça je pense que ça va pas se faire…
- Essaie de m’en empêcher alors.
-Mais ça rime à quoi, ce manège ?
-Ça rime à toi. Tu n’es donc pas le prince qui décide ce qu’il veut, quand il veut et que personne ne détourne de ses visées ?
- Je le suis plus depuis un moment, vire tes mains de là ! »

 

Elle a eu peur ; elle s’est un peu reculée avec un sourire détestable que j’avais envie de claquer.

 

«  C’est pour ça que Fred t’offre un portable et t’encourage à refaire ton réseau ? Moi je crois au contraire que tu n’as jamais changé d’ambition et que peut-être même vous vous servez l’un de l’autre…
- Fred l’a fait par simple générosité, parce qu’il est comme ça naturellement. T’es pas au courant de ça depuis le temps que vous sortez ensemble ?
- Fred est un politicien et il n’a pas changé de ligne parce qu’il est passé en taule et qu’il t’y a rencontré. Vous êtes tous les deux pareils, des bulldozers qui tracent leur route sans aucun égard pour les dégâts qu’ils font autour. Et tu le fascines parce que toi tu déménages tout sans même un moteur idéologique ; ton énergie et sa stratégie ça pourrait donner une belle révolution, pas vrai ?
- Il te l’a dit tout ça, ou c’est sorti de ta cervelle en surchauffe ?
- Comme tu l’as dit toi, ça fait trois ans qu’on est ensemble, je le connais sans doute mieux que toi.
-T’es drôlement balaise comme nana de savoir les motivations de types avec qui tu discutes même pas ! Sans déconner ça m’impressionne … »

 

Je ne pense pas que mon ironie lourdingue l’ait satisfaite mais elle s’est à nouveau approchée de moi, ses cheveux étaient parfumés mais elle avait ce genre d’haleine acide qui me soulève le cœur.

 

«  Je vous perce tous à jour, vous êtes tellement égoïstes et prévisibles !
- T’es surtout incapable d’aimer et de te faire aimer … »

Tag(s) : #Un orage de goudron

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