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- Toi t’aurais pas compris. On a beau avoir le même âge, t’étais trop jeune d’esprit. Moi j’ai vieilli de cinq ans au moins en une après-midi. Tu n’aurais pas compris et je ne voulais ni t’effrayer, ni te dégoûter.
- Qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui s’est passé vraiment ?
- Tu te souviens de cette caravane qu’ils avaient derrière la maison de Matt ?
- La toute ronde, là ? La rigolote ? Ils l’ont pas gardée longtemps ; paraît qu’ils l’ont emmené dans un camping vers Perpignan et qu’ils l’ont vendue là-bas. Mais attends, on avait quel âge à cette époque ? Quel rapport ça a avec l’année dernière ?
- On avait quatorze ans. La caravane rigolote … J’en sais rien de ce qu’elle est devenue et j’espère bien qu’elle a brûlé. Matt y avait son ghetto blaster et on écoutait plein de CD de Jay Z et des Fugees ; c’était génial sauf qu’ils buvaient et fumaient comme des tarés, qu’ils avaient seize ans et moi quatorze. On a passé plusieurs après-midis ensemble comme ça, y avait même la sœur de Luc et une fois Shoan. Mais moi aussi, toute seule et donc j’ai pas vu le coup venir. C’est Luc qui l’a fait.  Il l’a fait mais les autres l’encourageaient en tapant des mains. Faut dire qu’ils étaient tellement bourrés tous les trois ; ils ont juste eu l’impression qu’un nuage de bon délire était passé là et moi j’ai rien osé dire. J’avais l’impression d’avoir un peu attisé leur fièvre par ma présence, j’avais un peu trop dansé. Ils se sont même pas rendu compte quand je me suis précipitée dehors. Par contre il y avait Alban au bout de la rue que j’ai dévalée en courant. Je sais pas pourquoi il était là ; il avait « emprunté » un scooter et il fumait, « tranquille avec ses pensées » comme il disait. Il a bien vu que quelque chose allait pas, mais il a pas insisté. Il y avait une fête foraine pas loin. Il m’y a emmenée et on a retrouvé les autres là-bas. Ceux qui étaient de son bord. Sauf que j’étais encore meurtrie et effrayée ; alors les virages en furie sur la route et les auto-tamponneuses après ; je ne tenais plus. Très vite il a compris ce qui m’était arrivé, mais il savait pas lequel des trois c’était. Combien de fois il m’a demandé, pendant toute ces années qui c’était. Mais j’ai pas voulu le dire et ça le rendait fou. «  Dis-moi qui c’est et je le tue. » Qu’est-ce que ça aurait changé ? S’il lui était arrivé le moindre truc par ma faute, c’est moi qui étais tout à fait morte.
- C’est marrant ça… Tu t’es jamais rendu compte que c’était un réel kamikaze, avec ou sans ta « protection » ?
- Pas par ma faute, et j’étais même contente que ce soit toi qui lui aies réglé son compte à Luc.
- Mais c’était l’année dernière, bien après qu’il te l’ait fait… Il ne s’est donc rien passé le soir de la fête de la Musique ? Tu étais dans ce fossé, toute dépenaillée…
- J’étais partie avec Shoan ; on devait se faire toute la soirée entre filles. Et on a passé un bon moment à la ville même. Mais on les a retrouvés tous les trois là-bas et ils avaient personne pour les ramener à Saint-Barge. Moi je voulais pas mais Shoan a accepté de le faire à condition qu’ils me foutent la paix. Cela dit elle a pas résisté beaucoup quand Luc a voulu se mettre devant avec elle.
- Pas étonnant. C’est une épouvantable biatch sous ses airs de bobo. Je suis bien placé pour le savoir…
- Du coup j’étais derrière avec Matt et Kév, je me serrais sur mon côté et au départ ils m’ignoraient mais c’est Luc qui a commencé à faire de grosses allusions à toi et Alban. Surtout à toi, et Shoan commençait à être vraiment mal. Kév et Matt ont commencé à me prendre à partie ; à m’agripper, à m’insulter. J’ai crié. Alors Shoan a pilé et elle leur a dit « Foutez-la dehors avant qu’il y ait des problèmes ! » Ils ont ouvert ma portière et ils m’ont prise chacun d’un côté pour me balancer dans le fossé plein de ronces. « A la une, à la deux…. » Luc se marrait. Puis ils sont repartis et je suis restée un moment comme ça, sans veste, à pleurer au fond de mon trou. J’ai regardé les lambeaux de nuages noirs passer devant la lune, j’ai senti l’humidité et les épines ; j’ai fini par appeler Alban et je lui ai dit : «  Ils l’ont fait tous les trois – Ce soir encore ? – Non, ce soir, ils m’ont frappée. – Je vais réveiller Jeff. T’es où ? »

Tag(s) : #Midnight Parlor

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