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Cela faisait un an que Thierry et moi nous partagions le quotidien. J’étais confiant. Pour lui, bien entendu ; mais surtout pour nous. J’avais tellement envie que nous poursuivions notre montée, je n’avais pas lésiné sur les moyens et je sous-estimais très largement ce qui pouvait nous être extérieur. Mes propres études, poursuivies avec régularité, je les avais reléguées au second plan. Thierry était mon icône et me domestiquait ; même s’il me demeurait une énigme ; je n’imaginais pas qu’il puisse aspirer à autre chose.


Depuis Lew, personne ne m’avait enchaîné comme lui. Et cette Capitale que j’avais si longuement désirée dans mon grenier de Lille ; elle s’effaçait maintenant autour de lui. Je souffrais sans mot dire les journées, les nuits inhospitalières à l’hôpital ; il m’arrivait même de passer par-dessus la souffrance humaine, dans le seul but de retrouver sa peau et ses yeux. Sa voix aussi.


Il l’avait toujours eue, cette voix ; dans le creux de la jouissance j’avais parfois le bonheur de la faire jaillir. Car Thierry ne criait jamais, absolument jamais ; et j’adorais son orgasme car il montait de cent soupirs sonores, hésitants d’abord ; puis chantés. Des O rentrés jusqu’à la suffocation puis expirés, alanguis, caressants Jusqu’au point ultime qui vous transperce le haut de la tête, et vous fait tout offrir.


On déjeune en terrasse, tartines croustillantes de tapenade dorée que je lui prépare, tandis qu’il a les yeux perdus dans son verre. Thierry a changé de corps, mais sa gourmandise est demeurée. C’est le secret de sa vie d’avant, et ici moi seul le connais. Je le cultive. J’entends les croustillements dans sa bouche, je vois les moindres miettes égarées au bord de ses lèvres. Mon assiette reste pleine devant moi.


«  Comme tu me regardes, Alex.
- T’es tombé sur qui ?
- Du Bellay.

Tag(s) : #Ma barricade

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