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Hugo-Sauzay-010.jpg" T'es toujours là, Théo? fit alors Baptiste de sa voix rieuse...

- Ouais, il me semble... La tête en bas et le cul en l'air. Avoue que je suis plutôt avenant, comme voleur de fruits...

- Avenant? Le prince des emmerdeurs, oui!!!

- Sauf ton respect, je visais plutôt le trône. Avec toutes ces cerises, c'est jouable, non?

- Dans ce cas-là, ta position actuelle me semble peu recommandée...

- Merci du conseil, baron, fit Théo dans un grand bruissement de feuilles. T'aurais sans doute autre chose à me proposer?

- Descendre, ça me semblerait bien...

- Ah oui, sur le crâne, très bonne idée, monsieur...

- Commencerais-tu à te plaindre de la situation dans laquelle tu t'es mis toi-même?

- Oh non, tant que les chauve-souris ne viennent pas me grignoter les bouts d'oreille ou le gros orteil....

- Le gros orteil?

- Je viens de perdre une pompe...

- Tu n'espères sans doute pas en regagner une en remontant? insinua Baptiste, de plus en plus amusé.

- Je n'y pensais même pas, grand seigneur! Mais , le moyen de remonter maintenant? Je savais tes bras forts mais pas aussi longs...

- Tu n'es pas au bout de tes surprises... Je t'envoie un grand rideau... cerise!"

 

En réalité l'étoffe était blanche, mais parsemée de motifs floraux pourpres. C'était un rideau monumental en tire-bouchon qui s'abattit sur les branches et fit s'envoler les feuilles et les oiseaux.

 

" Tu peux t'y suspendre, fouteur de merde, il est solidement attaché...

- Où ça???

- Au montant d'un lit massif, c'est bien ce que tu voulais?

- Est-ce de bon augure?

- Et puis quoi encore? Tu viens de me ruiner un plan, et tu espères en plus que je vais me payer sur ta bête?

- Hélà, tout doux! Tu ne crois pas qu'il pourrait t'arriver pire?

- Tais-toi et grimpe!!!"

 

Avec une agilité soudain sérieuse, Théo empoigna le rideau en priant, s'y supendit pour se retrouver la tête en haut et entreprit de le gravir. L'étoffe était soyeuse et glissante. Sans les aspérités des broderies, elle lui aurait paru volontairement glacée, mortelle. Il s'en voulait maintenant de la crotter avec son unique chaussure ou de lui faire des accrocs. Mais il monta, un peu plus de deux mètres, puis le haut rebord de la fenêtre. Il ne se sentit pas retomber sur le sol du grenier qu'il se sentait enserré dans l'étreinte la plus chaude et la plus hallucinante de toute son existence, le visage comme happé par un baiser qui conjuguait tendresse et voracité avec une ardeur inouïe, et qui était interminable.

 

Point de souffle à reprendre, car toujours cette bouche revenait à l'attaque, comme si on l'avait privée de nourriture depuis des siècles et ces grandes mains. Ces grandes mains étaient partout et ne semblaient pas encore suffire.

 

Théo ainsi dévoré, pressé, à tout coups menacé d'intrusions orgasmiques était au bord de l'évanouissement, tout se dressait en lui, y compris l'amour-propre si longtemps mis à mal. Encore plus quand Gildas passa enfin le seuil du genier et observa leur embrassade infinie avec une pâleur de cadavre...

Tag(s) : #Les valises de Théo

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