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Qu'y puis-je s'il n'y a plus que toi qui me préoccupe?

J'ai pu jusqu'ici, consommer beaucoup de chair humaine, et caresser insidieusement le corps de mes proies; je ne m'en souviens plus.

 

Je consommais pour prendre ma revanche, ou attraper goinfrement toutes les jouissances passant à portée de mes crocs, de peur qu'on se souvienne à nouveau de moi. Le Renan puni au grenier, l'enfant Renan regardant par les rais des vieilles persiennes les autres qui jouent dans le jardin, sous le soleil écrasant de Juillet. L'enfant Renan qui a pissé sur les fraîches pousses de glaïeul parce qu'à lui on ne disait jamais "Comme tu travailles bien!" ou "Cet enfant a du talent".

 

Cet enfant est juste un fauteur de trouble, un chasse-la-paix de profession précoce, un brouillon, un perturbateur avec, sur ses cousines des propos et des gestes presque pervers. Qu'est-ce que tu veux, j'ai jamais aimé les minaudeuses mais c'est vrai, de là à briser leur miroir à coups de grolles ... On croit me dompter, on m'enferme, et on me fait juste devenir ce que je suis , un jouisseur vicieux chronique et désabusé. Oh non, ce n'est pas vrai Ewald!

 

Mais Ewald n'est pas un bon exemple, Ewald aime tout ce que je fais de lui, et j'aime tout de lui, à commencer par cette épaule laiteuse et tremblante, incomparable pour y imprimer la marque de mes dents. Je me nourris de cris et de cabrures, je n'ai jamais cessé d'être intrusif, en dépit des répressions parentales, scolaires, sociales. Et maintenant, je découvre, que l'influx d'appétit qui gouverne mes canines et mon sexe ne sont pas inexorablement condamnables.

 

Je vais donc pouvoir apprendre la douceur, dis Ewald, avec toi je pourrais, à l'abandon, toucher vraiment du corps et du vit ces vertus qu'on me disait inaccessibles? Je vais donc pouvoir devenir aimant, attentionné, délicat, délicieux? J'ai envie de toi, encore et encore, car il y a en toi quelque chose d'inépuisable, une source, une fontaine, l'essentielle substance, l'essentiel remède à ma condition de mec déplorable...Par l'amour, le vrai, on devient Pygmalions l'un de l'autre, et ne crois pas que parce que moi je te prends, c'est moi qui te modèles.

 

J'ai plongé dans un Charybde insoupçonné, je n'ai pas assez de membres pour en sonder tout le bouillonnement; ainsi m'ensserre-t-il lui, puisque je n'ai plus pied, m'enveloppe-t-il, m'emporte-t-il et me rend-il les rivages du jour et de la foule insupportables de bruit et de fadeur. J'ai l'impression, avant, de n'avoir rien vécu.

 

Les heures tournent en ombres flottantes au-dessus du lit, la terre entière pourrait prendre feu ou bien être engloutie, ce ne serait qu'un souci tout à fait mineur. La caresse de ton corps tout entier verse en moi un Léthé total. Qu'étais-je avant ce moment-là? Avais-je même une existence? Un nouveau jour s'éteint, une nouvelle nuit s'illumine, et nos étreintes ont avalé tout l'oxygène de la chambre. Nous n'avons plus que l'instinct de nos respirations. Pourquoi ne pas étouffer ainsi, en pleine vapeur, en pleine fièvre?

 

Est-il vraiment essentiel qu'une autre vie, qui me paraît maintenant si peu réelle, prenne à nouveau empire sur nous? Peu de choses du dehors m'ont assaillies pendant ces jours et ces nuits où je t'ai aimé. Peut-être la vision trouble de cette fille aux cheveux ras, au visage félin, avec son long manteau noir et un sac de voyage à la main qui te parlait, à qui tu parlais, qui ne voulait plus que partir. Elle ne souhaitait sans doute pas me réveiller.

 

C'est l'aveuglant soleil qui s'en est chargé. Oh que ma tête est douloureuse...

Tag(s) : #Renan et Ewald

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