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Un seul être vous manque...
Il suffit d'un rendez-vous manqué, d'une série de départs, de proches qui s'évertuent à ne rien comprendre en vous, de l'abandon de votre soutien le plus solide et le plus inconditionnel; et à quinze ans un lieu vous paraît vite insoutenable; même si celui-ci s'ouvre sur la mer. Combien sommes-nous de centaines , naïfs de la Disease Generation à nous être pointés ici en y croyant?

Nous avons à peine entendu quelques notes de Black Celebration en réglage derrière les palissades Esplanade du stade; que déjà le ciel couvert d'Août leur envoyait de grosses gouttes en réponse...

Il a fallu se disperser, c'était sans appel. Sans doute n'étions-nous pas assez nombreux. Nous le serions par la suite, et bien davantage. Jamais cette annulation-là ne m'a fait renoncer, même si on l'espérait autour de moi. 

Ce n'était pas la toquade née d'un imaginaire adolescent surchauffé en mal d'accoutrements improbables, ni l'attachement capricieux à des idoles éphémères. De dix ans nos aînés, ils vivraient avant nous les révoltes, les ivresses, les passions, les bacchanales, les désillusions, la paternité, les ruptures; ils auraient avant nous l'envie de revenir à l'innocence et à la pureté.

Sans bien comprendre, toujours en retard d'une émotion, nous les écouterions quand même; sans résister à l'envie de tomber exactement dans les mêmes pièges. Mais en dépit de nos trajectoires, de nos éloignements, de toute cette vie moderne qui pouvait maintenant disperser 

les affections au quatre coins du globe il resterait quelque chose, un premier émoi musical que nous avions tâché d'entretenir tout seuls puisqu'ils n'étaient pas là, cette fois-ci...

Le temps des épreuves était bien là,lui, pourtant...

Mais tandis que déjà Kerstin arrachait les posters de sa chapelle perso à Francfort, je restais à Royan, les poings vissés dans ma jupe en cuir, docs bordeaux aux pieds, sacro-saints écouteurs sur le crâne , et crachant sur les trottoirs (sprotch!). 

Tout s'était emballé en quelques jours, et Colin claquait la porte.

Jamais il ne serait bien ici; trop intelligent, trop émotif , trop à part. Le Concours Général un jour, le coma éthylique dès la nuit du retour. Jamais il ne serait une tronche conventionnelle, c'était bien au-dessus de ses forces.

Il y eut cet autre soir , très peu de temps après l'annulation du concert, où papa le trouva, devant sa glace; un pétard à la main (mais ce n'était pas le plus grave), en robe d'argent lamé , dos nu, visage poudré de pâleur sous ses yeux bleus soulignés; une pure merveille qui s'élevait, hiératique, décadente, au son de Roxy Music...

Traiter Martin Gore de "dégénéré", c'était déjà un pas, mais là le souffle venait frapper son propre fils au visage. Avec cette infinie douceur des éternels incompris, Colin ne lui en a pas voulu. Lui aussi gardait bien secrets ses refuges.

Au grand diable les études de droit à Poitiers, Octobre le verrait débarquer dans la nuit berlinoise, et s'y épanouir magnifiquement. Déjà il ne rêvait que d'envol...

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