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Moissons ordinaires de fans immatures

L'hiver 1986 s'écoule, et avec lui j'ai remonté le temps. Ma session de rattrapage , depuis l'année 1981, faite de pop sautillante qui me déconcerte et qui ne sait étancher mon impatiente envie de ruer dans les brancards. Impatiente, donc sans discernement.

Vince aura sans doute pardonné à la Disease generation, débarquée quatre ans après le début de la fête, et s'appliquant à reprendre l'histoire du groupe à ses débuts, cette hâte indélicate à voir Martin Gore prendre les rênes et Alan s'installer légitimement derrière ses claviers. Parti de son propre chef, E-Vincé dans la conscience des petits nouveaux!

J'adore Leave in silence, que j'écoute en boucle; la pochette de A broken frame est épinglée au-dessus de mon lit, les rougeurs du couchant hivernal font flamboyer ses blés murs , puis ses tiges s'avancent avec la nuit, dans le relief que leur donne la lueur de mon chevet faiblard. Le temps passe très vite, soleil et pluie.

La masse obstinée de Pipeline s'élève avant la fin même de l'ondée. J'essaie de lire Marx; mais il est de nature à assommer la troisième basique que je suis, qui veut surtout de la poésie et toutes ces choses curieuses qui interrogent sa sensibilité balbutiante, les sons du quotidiens ingérés par les sillons du vinyl Construction Time again tournant tout bas, inlassablement, jusqu'aux heures les plus creuses de la nuit, l'étonnant The Landscape is changing ( surtout beau à la fin, selon moi) où Alan s'invite comme compositeur.

Les irascibles critiques musicaux français ne cessent de se faire les crocs, chaque expérimentation amenant sa vacherie en retour de bâton, tandis que les ingrats acnéïques que nous sommes, réceptifs avec dévotion (oui, je sais, à ce moment-là c'est un anachronisme) commencent à tomber en amour avec Some great reward le bien nommé.

Un soir du début Janvier, maman m'offre la précieuse récompense, alors que je viens de me faire cramer une dantesque verrue plantaire à l'azote liquide, que je souffre le martyr et que j'ai envie de mourir. Prof d'anglais, elle ne peut s'empêcher de tomber sur le texte de "Blasphemous rumours", et elle trouve saisissant le début du second couplet:

Fighting back the tears
Mother reads the note again
Sixteen candles burn in her mind

Mais si l'évidente poésie de Martin lui donne pour la première fois un petit frisson, elle s'agace un peu des dégringolades de casseroles et des jets de vapeurs furibards qui moi, me plaisent. Colin aime aussi.

Nous sommes à l'âge où l'on commence à lire un peu partout cette conscience jeune et poétique qui s'élève contre l'ordre établi des choses et la prédestination, avec son "sens de l'humour écoeurant". La machine à s'exalter fonctionne à plein tube, même si l'on veut souvent rire de ses rouages, et ne jamais rien trouver de sacré.

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