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Love is the drug

Il ya eu sur la fin de cette nuit-là comme un gros gros moment de flottement. Plusieurs heures pour être exacte.

Au début c'était pas mal, j'avais les bras de Jocko pour me faire valser et même si j'étais bien incapable de déterminer à quelle hauteur était le plafond de la boîte et à quelle distance les murs (mes flancs et mes genoux bleuis s'en sont souvenus pendant près d'une semaine), je peux dire que je me suis éclatée ...

" Mets-nous Love is the drug!
- Mets-nous Mad Cyril!
- Mets-nous Never let me do
wn..."

Dans sa guérite de plexiglas, le DJ me semblait suer à grosses gouttes; mais après tout j'étais tellement explosée que si ça se trouve je ne m'en souviens plus très bien.

Tenez, pour vous dire à quel point la mémoire me fait défaut et j'ai pu interpréter ensuite; Jocko me jure aujourd'hui encore ses grands dieux qu'il n'avait pas mis l'option pelotage pendant toutes ses danses endiablées... En même temps, quand il se récrie, il est tellement hilare et tellement rouge...

Toujours est-il que dans ce tourbillon enfumé et musical, et dans cette pièce à géométrie très variable où tout tournait ; s'éloignait et se rapprochait en même temps, j'ai dû être bien, mais alors super bien, genre flower power si vous voyez; pendant une petit demi-heure. J'avais de ces fous rires idiots et irrépressibles dont le souvenir absurde vous enchante des années après et je bondissais sous la garde très rapprochée

de Jocko qui semblait ravi de m'avoir rendu folle furieuse (et hautement distrayante pour toute l'assemblée) à si peu de frais...

Ca c'était pour le tout début (au risque de me répéter) parce que très vite, la sensation d'avoir l'estomac qui me remontait des talons à une vitesse supersonique est venue tout gâcher, et je ne sais trop comment, j'ai traîné un Jocko presque caoutchouteux dehors. En fait, heureusement qu'il était là... Il m'a déjà évité de me faire aplatir une bonne huitaine de fois par les conducteurs hystériques des quais qui lâchaient des "Pute borgne! " ou "Enkie!"à gogo par leurs fenêtres ouvertes alors qu'on frôlait les trois heures du mat' en plein mois de Février.

Il a voulu me faire asseoir entre deux bagnoles... Et c'est alors qu'autour de moi, tout a morflé dans une grande gerbe orange, à commencer par ses pompes et les pointes de ses cheveux. Puis il y en a eu pour les jantes d'une Mercedes et celle de l'Alfa de l'autre côté, pas de jalouse... J'ai cru qu'il m''était revenu toute ma bouffe de la semaine tant ça a duré longtemps. Et je ne me souviens pas que Jocko m'ait lâchée avant le dernier soubresaut.

Comme il m'asseyait plus loin, je rouvrais un peu les yeux et tout était brouillé, comme au travers d'une vitre où perlent de grosses gouttes de vapeur. Par contre j'avais terriblement froid, même avec son sweat et son perf' sur le dos en plus de mon manteau, je me sentais congelée down to the bones...

Lui , debout devant moi n'avait plus que son tee-shirt de Doctor Bong encore humide sur la peau et il serrait les dents pour ne pas me montrer qu'il grelottait.
" Je devrais pas dire ça, ricana-t-il ; et ça doit être un souhait à peine voilé; mais Six va me faire ma fête...
- Je t'avais prévenu de pas me faire avaler ça...
- Tu chantais bien , pourtant...
- J'ai chanté? "
Il ne répondait pas. J'avais l'impression, et c'est revenu plusieurs fois à d'autres moments que son sourire était un truc fugitif qui se mettait à planer hors de lui, dans le halo de son souffle.

" Je crois que Six a peur de toi, Jocko. Qu'elle n'a jamais rencontré quelqu'un comme toi alors elle ne sait pas comment être.
- Elle n'aime que David; moi je suis juste une expérience. Mais elle a ce côté un peu rouée. Je suis sûr que ça lui plaît quand je la dérange. Et je m'en prive pas.
- Toi, tu l'aimes?
- Toi tu l'aimes aussi Epo, me mens pas..."

Je ne sais pas vraiment. C'est brouillé et glacial. J'ai terriblement mal au coeur. J'aime le brouillard d'eau gelée sur les lampadaires du pont et la rumeur concentré de la Garonne comme un fleuve de bitume en contrebas. D'un coup, il se met sur pieds et me relève.

" Tu sais pas ce qu'on va faire? On laisse cette nuit à David, comme ça elle verra.
- Avec David, elle n'a jamais...?
- Toi non plus, je me trompe?"

Love is the drug
Tag(s) : #David's eyes

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