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Des idoles et des galettes...

Vive le printemps! L'Allemagne me tend les bras, et avec elle l'occasion de mettre la main sur Black Celebration plusieurs semaines avant mes homologues collégiens franchouillards. C'est d'ailleurs l'une de mes premières préoccupations en montant dans le train pour Francfort, avec mes condisciples boutonneux et cliquetants.

Préoccupation bien aussi forte, c'est vrai , que celle de découvrir ma correspondante de 16 ans nommée Kerstin. Elle vit seule avec sa grand-mère, depuis le drame de sa naissance. Sa mère a laissé sa vie en la donnant à sa fille, et depuis le papa refuse de voir cette fille qui en est le portrait. Je vais découvrir que, très tôt blessée par la vie, mon amie d'Outre-Rhin cultive sa propre forme de dévotion.

Dans la petite maison du centre de Francfort où elles vivent, Kerstin dispose en plus de sa chambre d'une toute petite pièce où elle voue un véritable culte au groupe A-ha. Pas un centimètre carré de mur qui n'y soit recouvert par l'image alanguie ou triomphante de ses trois idoles. Chacun d'entre eux, découpé grandeur nature, vous accueille d'ailleurs dès l'entrée, et au milieu d'un grand fouillis d'eux-mêmes. Je suis aussi impressionnée que mes compatriotes féminines qui visiteront le sanctuaire trois jours plus tard.

Jamais je n'avais envisagé l'adoration de mon groupe mythique sous cet angle-là, celui des individus et de leur potentiel de séduction. Ou alors pas autant.

Il faut bien que je l'avoue, à l'époque j'en pince un peu pour Alan, la finesse de ses traits, son regard azur,sa taille.... Mais cette fascination se dissiperait comme une buée légère s'il n'était pas entouré des trois autres.

Andy (Hey, Andy...) l'image rassurante du bon pote enthousiaste pour à peu près tout, qui sautille derrière son clavier quand la musique est bonne (donc tout le temps). Avec ça, un physique à vous faire de la pub pour Vuarnet ou Armani glasses...

Dave, une pure bombe, sur scène un vrai taureau de combat tout prêt à vous entrer dans la reine des abeilles (sic Claude) avec ses cornes vocales qui l'annoncent dès les premiers mots, le premier et le plus excitant son de Depeche, bien avant ceux qu'élaborent leurs samplers de pointe derrière lui.

Martin , sujet d'une fascination bizarre et respectueuse, partagée par mon frère Colin. Pour tout vous dire, Colin se verrait lui aussi de plus en plus lacé dans un bustier de cuir avec une paire de menottes suspendue à la taille. Il étouffe de plus en plus entre les murs de la maison, ou dans l'étroit périmètre de Pontaillac. Depuis toujours, on l'observe et il rêve de partir. Nous partageons cette curiosité vestimentaire pour Martin, mais avons aussi la même soif de cette imagination énigmatique à l'origine de tout. Textes, mélodies, arrangements; tout ce qui est fabuleusement efficace et échappe au commun des mortels (encore nous).

Tout ou presque puisque le bel Alan officie lui aussi particulièrement bien en salle des machines...

Réunies par le pari des appariements, Kerstin et moi faisons de nos dix jours communs une fête idolâtre. Patiente, en retrait, sa mamie nous cuit des gâteaux à se damner. Elle est extraordinaire, la compréhension incarnée. Chargée de réparer la double injustice faite à sa petite fille par la nature et par son père, elle lui offre un foyer, et une pièce à rêver. Elle reprend vaillamment le rôle de mère, quand déjà les ans s'accumulent et pèsent bien trop lourd sur ses épaules. Et pourtant c'est elle aussi qui nous emmène chez le disquaire, elle qui est en retrait quand je soulève , le souffle court, un 33 tours précieux de son bac.

Comme tous les enfants des eighties, j'ai un rapport charnel avec les galettes vinyl. Celle -ci est d'un gris clair, une grenade aussi lumineuse que la pochette est obscure, avec encore une goupille sur sa tête magique. (Nous ne connaissons que "Fly on the windscreen" et "Stripped" avant d'écouter l'album)

Mais arrivée chez Kerstin, il me faut comparer mon acquisition avec le trophée d'un compatriote fiché au collège comme le plus fin connaisseur de Depeche. Lui aussi a le goût des galettes, des larges pochettes, des maxis rares et si le disque en plus n'est pas noir, on frôle l'orgasme...

Le péteux tient d'ailleurs à me faire ravaler un privilège, celui de posséder deux exmplaires de "Shake the disease", l'un rouge pétant, l'autre marbré de gris. Qui me les a offerts? Colin,évidemment, qui était à Berlin en Octobre 2005.

On voudrait bien voir au diable cette pédale de frère qui ne semble se déplacer que pour offrir à sa branleuse de soeur des vinyls insolites de Depeche sous le nez des fans légitimes...

Cette fois-ci, mon luron tient sa vengeance... De son sac, il sort un Black celebration, gris lui aussi mais les bords noirs de la pochette présentent de petits dessins en relief alors que les miens sont désespérément lisses!

Et je peux vous garantir qu'en cet instant il n'a pas le triomphe modeste...

L'avantage outrageusement mis en valeur me gonfle un brin; mais déjà j'ai du mal à mesurer l'importance que ça peut avoir par rapport à la découverte musicale qui nous attend...

Parlons-en dans dix ans, peut-être sera -t-il un moins bon fan que moi (et je suis modeste...)

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